Marre que pour les femmes, toute saute d’humeur soit prise pour de l’hystérie

Hier soir, le 31 octobre, j’ai assisté à la représentation du one shot, seul en scène, moment performatif d’Antoinette Rychner, une lecture-performance de textes brefs, publiés ou inédits, récents ou anciens, avec comme point commun l’écriture au je et la question de la condition féminine : *Autrice, caprices, justice*, à Vidy-Lausanne.

Cela faisait longtemps qu’Angélique et moi avions envie de vous parler d’un sujet qui ne peut que nous tenir à cœur, ainsi qu’à nos consoeurs, les femmes. Sujet qu’ont peut-être à cœur certains hommes. Il nous tient à cœur à nous d’évoquer les droits des femmes, nos droits, la grève du 14 juin. Puis il y eut les votations du 20 octobre dernier… et un peu plus d’espoir et l’impression que ce qui s’est produit dans les rues a rencontré son écho dans les urnes.

Hier soir, j’ai assisté à la représentation de *Autrices, caprices, justice*, et cette performance intense, tout en force et en délicatesse, truffée de références littéraires, d’Odile Cornuz à Virginie Despentes, en passant par Aude Seigne et Annie Ernaux, et surtout de moments et d’écrits propres à l’autrice, Antoinette Rychner, m’a subjuguée, tant par sa démonstration, qui n’en était en fait pas une, mais une forme de constat poétisé du quotidien dans lequel nous, les femmes, pouvons encore être immergées, si nous n’y prenons garde. De tout ce que l’on fait alors même que cela nous *invisibilise*. Du manque de visibilité aux journées de travail à rallonge, du moralisme à outrance exercé envers nous aux *Sales putes* égrénées en fonction de notre habillement, en passant par le fait qu’on nous rend dociles, bien sûr une femme n’aurait pas le droit de donner la main en guise de salut à un autre homme que son compagnon, et bien, tout cela pousse à la révolte, à des envies de justice, et tout cela pousse à l’indocilité. J’avais il est vrai réfléchi à tout ceci, mais, qu’en un spectacle de plus d’une heure, toutes ces thématiques soient mises au jour et à la lumière de manière si intense, ce fut un choc, un écho à mes questionnements sous-jacents et affleurant eux aussi. En 2019, avec le politiquement correct ambiant qui caractérise notre époque, oui, Simone, il convient de continuer à se battre, car les droits acquis ne le seront jamais. Il n’est peut-être pas question de se battre contre les hommes ; ensemble, nous pouvons aussi entreprendre des choses. Mais, tant que l’égalité des salaires ne sera pas intégrée, tant que cela sera le seul fait des femmes de s’occuper du ménage, tant que se promener seule le soir dans la rue sans peur ne sera pas rendu possible, alors oui, il faudra être vigilante, et il faudra rendre les autres femmes sécures, prendre soin de nous, se serrer les coudes, et peut-être bien qu’il n’y aura que cette sororité, au final, pour y parvenir. Et il conviendra aussi, non pas de dompter les hommes, mais de leur faire comprendre que les tâches ménagères, la garde des enfants, sont aussi de leur fait. Et pas que du nôtre. Et même tout cela n’est que le b.a.-ba, il conviendra de le redire, de l’écrire, encore et encore, autant de fois que cela s’avérera nécessaire.

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